28 Tevet: Anniversaire de la Rabbanit ‘Hanna mère du Rabbi

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Une femme d’exception !

La Rabbanit ‘Hanna est née Romanovka en 1880. Son père brillant ‘Hassid Rabbi Méir Chlomo Yanovsky était le Rav de Nikolayev, une ville plongée dans l’étude et un style de vie basé sur les profondeurs de la ‘Hassidout. C’était le fils de Rabbi Israël Leib Yanovsky qui avait été Roch Yechiva à Romavovka. La mère de Reb Meir Chlomo, la Rabbanit Baila Rivka était la fille du grand Maître et ‘Hassid du Tsérna’h Tsédék, Rabbi Avraham David Lavout.

Rabbi Israël Leib disparut du vivant de son beau-père, R. Avraham  Lavout, qui se chargea lui même de l’éducation de son petit-fils. A sa disparition, il laissa une lettre adressée aux instances communautaires de Nikolayev, leur recommandant de nommer son petit-fils pour lui succéder.

‘Hassid du Rabbi Maarach et plus tard du Rabbi Rachab, Reb Méir Chlomo possédait une vaste connaissance dans le Talmud et la ‘Hassidout et était doté d’un caractère raffiné et spirituel. C’est d’une lignée si noble et éminente que naquit la Rabbanit ‘Hanna. Elle passa sa jeunesse dans la maison familiale et y reçut une éducation incomparable. Les premières années de son mariage à Rabbi Lévi Its’hak, un jeune érudit qui étudiait la Torah jour et nuit, sans se préoccuper de soucis financiers, furent parmi les plus heureuses de sa vie.

Ses trois enfants

Et puis, lorsque son mari devint le grand Rabbin de Yekatrinaslav, ville à la population juive importante, la Rabbanit ‘Hanna jouit d’une position honorable au sein de la communauté. C’est en ces jours qu’elle éleva

ses trois fils: le Rabbi Menahem Mendel, Reb Israël Arié Leib et Reb Berel. Elle ressentait une joie et un plaisir profonds en regardant ses enfants diligents et brillants grandir dans la Torah et la crainte de D.

Elle reconnut en particulier la grandeur du Rabbi Menahem Mendel, son aîné, et cela, dès son plus tendre âge. La Rabbanit avait l’habitude de se laver les mains avant de nourrir son enfant, le futur guide d’Israël. Plus tard, elle devait remarquer : « Je ne peux vous dire qu’une chose, il est un Saint depuis sa conception et depuis sa naissance. Un jour, tandis qu’une assemblée de dix hommes était réunie pour la prière du soir chez Reb Lévi Its’hak, l’enfant de deux ans et demi sauta hors de son petit lit et joignit les hommes dans leur prière!

Ce faux-semblant de vie idyllique était, même en ces temps de paix relative, parsemé de défis. La nomination même de Reb Lévi Its’hak à son poste ne fut pas sans controverse.

La communauté qui avait été un peu prospère dans le passé, était à présent matériellement et spirituellement brisée. Plusieurs explosions et pogroms antisémites avaient dévasté les propriétés et commerces juifs, coûtant la vie de centaines d’âmes pieuses. Pendant ce temps, le Tsar Nicolas n’entreprit absolument aucune action pour protéger la communauté juive, qui continua à être en butte aux attaques malveillantes.

Ces temps troublés amenèrent avec eux le grave danger de l’assimilation. L’éloignement du judaïsme prit des proportions inquiétantes, tout particulièrement au sein de la jeunesse. dont les membres se convertissaient fréquemment pour pouvoir accéder à l’université, interdite aux Juifs. C’est sur les épaules de Rabbi Lévi Its’hak que reposait la responsabilité  d’enrayer ce courant dangereux. Les ‘Hassidim savaient qu’ils pouvaient compter sur ses qualités extraordinaires de dirigeant.

Une tempête violenterebetzinHanna1

Les vents étrangers qui soufflaient déjà depuis longtemps se transformèrent en une tempête violente. La Russie communiste était née, faisant naître une ère de sévérité envers le Peuple Juif et en particulier, Rabbi Lévi Its’hak, qui subit de nombreuses conspirations.

Le gouvernement, irrité par son refrain incessant sur le judaïsme et le poids de son influence, résolut de lui faire enlever son poste.

Reb Lévi Its’hak fut convoqué à Charkov. où on lui ordonna de signer une déclaration statuant que le gouvernement ne s’opposait pas à la religion. Il refusa catégoriquement et depuis lors, fut personnellement persécuté dans un esprit de vengeance incessante jusqu’au jour où il fut finalement arrêté.

Mais Rabbi Lévi Its’hak, téméraire. persista dans son travail, construisant des Mikvés, assurant l’éducation d’enfants Juifs ou la fabrication de Matsot pour Pessa’h. Il remplit toutes les fonctions de son poste sans concéder le moindre compromis face à toute l’opposition. La manière dont ces épreuves affectèrent la vie de la Rabbanit ‘Hanna n’est pas rappelée pour la prospérité. Il nous reste à imaginer la formidable force intérieure dont elle témoigna pour traverser ces épreuves au côté de son mari.

Le courage de la Rabbanit ‘Hanna resplendit dans sa lutte pour présenter une contenance calme, gaie, même pendant ces périodes de souffrance.

Le pire était encore à venir… Une nuit, après avoir fouillé la maison pendant trois heures, dont pas un livre ne fut oublié, le NKVD arrêta Rabbi Lévi Its’hak. Quand elle demanda où on le conduisait, on répondit à Rabbanit `Hanna de se présenter le lendemain au commissariat. Mais là-bas, les cruels officiers du NKVD ne cessaient de répondre qu’il n’était pas là!

Malgré des allées et venues répétées à la recherche d’une quelconque information, là où d’autres femmes se seraient effondrées, Rabbanit ‘Hanna ne défaillit jamais, se renforçant sans cesse dans ces heures les plus noires.

Soudain, des nouvelles arrivèrent qui réjouirent son coeur. Son mari se trouvait à la prison locale et elle avait l’autorisation de lui apporter de l’argent et de la nourriture . Par la suite . Rabbi Lévi Its’hak fut transféré à la prison de Kiev avec des criminels endurcis, destinés à être ses compagnons de cellule.

Le crime : activité contre-révolutionnaire!

De quel crime le Rav s’était-il rendu coupable ? Le NKVD l’avait dénommé : « activité contre-révolutionnaire ». La punition pour son crime était la sentence de mort. Mais le Rav ne pouvait être impliqué puisqu’il ne plaidait coupable. L’autre sentence possible était l’exil, destinée à lui enlever ses capacités d’action.

Pendant ce temps, la Rabbanit ‘Hanna s’efforça d’alléger le plus possible la peine de son mari. Rabbi Lévi Its’hak devait être transféré à Moscou pour son procès. Elle supplia les autorités de lui faciliter le voyage, expliquant qu’il était âgé de plus de soixante-dix ans et qu’il souffrait du coeur. Ils lui promirent qu’il voyageraient calmement.

Quand elle demanda si elle pourrait lui envoyer de la nourriture, ils la rassurerent en lui disant qu’il avait consomme toute la nourriture qu’elle lui avait envoyée depuis son arrestation et qu’il était en si bonne santé, qu’elle aurait du mal à le reconnaître !

Néanmoins, lorsque la date du transfert de Rav Lévi Its’hak arriva, on lui demanda de préparer à manger pour le voyage,car depuis le début de son emprisonnement, ses lèvres n’avaient touché aucun aliment.

Puis le verdict tomba : cinq ans d’exil en Asie orientale!

Chiki, en République du Kazakhstan était la destination éloignée et inconnue qui lui avait été assignée. Le sol était constitué de boue qui ne séchait jamais. Des moustiques venus des marécages voisins emplissaient l’air. Des cabanes moisies étaient toujours humidifiées par les pluies torrentielles et les déluges qui accablaient la région.

Des conditions de vie insupportables

Un soleil brûlant, allié à des conditions climatiques épouvantables, favorisait la propagation de maladies. C’est avec la plus grande difficulté que Rabbi Lévi Its’hak put trouver un abri. Les minuscules rations de pain qui étaient distribuées à de longues files d’individus affamés étaient censées suffire pour trois jours. Mais d’ordinaire, elles ne suffisaient qu’a être distribuées aux premiers venus.

Rabbi Lévi Its’hak trouva du réconfort dans son Talith et ses Tefilin et les quelques livres que la fidèle Rabbanit lui avait envoyés. Combien il chérit ces objets qui lui avaient manqué pendant près d’un an !

Cette année-là, après Pourim, la Rabbanit ‘Hanna se joignit à son mari volontairement à l’exil de son mari. En route, elle s’arrêta à Moscou et tenta à nouveau d’obtenir la libération de son mari, mais en vain. Malgré toutes les difficultés que représentait le transit de ces objets, elle emporta avec elle du vin et des Matsot pour Pessa’h.

Pendant cet exil douloureux, comment Rabbi Lévi Its’hak allait-il préserver les rapides idées de Torah qui couraient dans son esprit? Il n’y avait ni encre ni papier pour noter ses découvertes. Aussi, la Rabbanit ‘Hanna fabriqua une encre à base de jus d’herbes différentes qu’elle avait rassemblées. En guise de papier, Rabbi Lévi Its’hak se servait des marges des quelques livres qu’il possédait. Il fallait restreindre les innombrables réflexions dans le d’espace dont il possédait.

Aussi écrivit-il de manière très jusqu’à la fin de la condensée, se servant de beau- guerre. coup d’allusions. Pratiquement tout ce que nous savons aujourd’hui de l’étude et de la profondeur dans la connaissance de la Torah de Rabbi Lévi Its’hak vient de ce qu’il écrivit pendant ces cinq années d’exil, avec l’encre improvisée par la Rabbanit `Hanna. Car, des pages innombrables, des écrits de Rabbi Lévi Its’hak qui remplissaient sa bibliothèque de Yekatrinistov, il n’en reste rien.

Les Nazis, lors de leur invasion de la ville, détruisirent complètement la communauté ainsi que ses bibliothèques inestimables.

La sérieuse maladie dont Rabbi Lévi Its’hak succomba par la suite prit racine pendant cet exil. En 1944, après avoir accompli toute sa peine , Rabbi Lévi Its’hak espéra se réinstaller dans une ville voisine et contacter par téléphone ses fils.

Malheureusement ses espoirs s’effondrent lorsqu’il fut décrété qu’aucun prisonnier ne pourrait changer de résidence jusqu’à la fin de la guerre.

Grâce à Rabbanit ‘Hanna et à son initiative à vouloir partager l’épreuve de son mari et lui permettre d’exposer la Torah aux générations futures, nous avons le mérite d’avoir un mince aperçu de la grandeur de Rabbi Lévi Its’hak et de bénéficier de sa sagesse.

L’espoir d’une libération

Les ‘Hassidim travaillèrent inlassablement par des moyens clandestins pour obtenir des documents nécessaires à la libération du Rav et son installation dans une ville, Alma Ata. A Alma Ata, maigre sa grave maladie, Rabbi Lévi Yits’hak reprit son combat contre l’assimilation et l’antisémitisme. Bien que tout ce monde l’honorât et veillât à tous ses besoins, ce fut sa dévouée Rabbanit qui s’occupa personnellement de lui, lorsque sa maladie progressa. Le 20 Av, l’âme pure de Rabbi Lévi Yits’hak quitta ce monde.

Commença alors une nouvelle période de souffrance pour la Rabbanit ‘Hanna. Elle restait le cœur brisé, sans famille et sans aucune nouvelle de ses fils. Malgré les soins que lui témoignèrent les élèves de son mari, elle se sentit isolée dans un pays malveillant, entourée de millions d’ennemis prêts à détruire toute personne au nom de Schneersohn.

Les ‘Hassidim décidèrent qu’elle devrait quitter ce pays le plus vite possible. Pour préparer son départ, la Rabbanit ‘Hanna retourna illégalement à Moscou en 5706 (1946) et attendit plusieurs mois un visa. Ceux-là mêmes qui l’aidaient, vivaient dans la crainte perpétuelle pour leur propre vie. Chaque jour, elle changeait de demeure. Elle ne pouvait passer deux nuits dans le même endroit. Finalement elle put obtenir un faux passeport.

De la tristesse à la joie

Mais même pendant ces périodes difficiles, personne n’entendit la Rabbanit se plaindre. Son visage n’était pas triste, ses yeux n’exprimaient pas l’amertume. Sa douleur était cachée dans son coeur tue à tout le monde. Elle ne pleura même pas à la disparition de son mari, parce qu’il lui avait enjoint de ne pas pleurer. Seules ses lèvres prononcèrent silencieusement une prière intérieure : « mes lèvres bougeaient, mais on n’entendait pas ma voix « .

Finalement, l’année 5707 vit une fin à ses tribulations. Elle put se réjouir d’être réunie à son fils, le Rabbi. Elle put voir avec ses propres yeux

la grandeur et l’éclat de son fils comme « leader » d’Israël et elle put jouir pendant dix-sept années glorieuses d’un bonheur de mère.

Après la prière de Chabbat et Yom Tov la Rabbanit ‘Hanna rentrait dans le bureau du Rabbi pour dire  » Gout Chabbes « . Quand elle se bougeait vers la porte, le Rabbi l’escortait. Toujours à la porte, il la regardait, jusqu’à ce qu’elle tourne le coin de la rue et ne soit plus visible. En voyant ce respect et cette fierté mutuels, la relation si chaleureuse entre cette mère et son fils exceptionnel, quelqu’un pouvait-il rester insensible ?

Le respect d’un fis

Qu’il pleuve ou qu’il fasse beau, que ce soit la semaine ou Chabbat, le Rabbi rendait visite chaque jour à sa mère, malgré son emploi du temps surchargé. Cette visite était pour elle le moment le plus important de sa journée. Revêtue de ses habits de Chabbat, la Rabbanit ‘Hanna attendait la visite non simplement de son fils, mais de la royauté.

Vous ne savez pas quel trésor vous possédez!

Elle suivait tous les projets du Rabbi et les progrès de ses  » chlou’him « , ses envoyés, avec le plus grand intérêt. Vous ne savez pas quel trésor vous possédez » disait-elle aux ‘Hassidim avec une appréciation profonde. En parlant de son admirable fils, elle ne laissa jamais soupçonner la moindre trace de vanité, mais seulement une véritable humilité dans ses remerciements à Dieu… Le chant de Hanna. Comme un fil d’or, le chant de ‘Hanna fut tissé tout au long de sa vie. Elle accepta les années difficiles comme les années heureuses et ne cessa de remercier Dieu.

Nombreux sont ceux qui se rappellent de Rabbanit ‘Hanna comme d’une femme sympathique, personnellement intéressée par les gens et leurs problèmes. Beaucoup lui ont déversé les angoisses de leur coeur et ont accepté son sage conseil. Pour les jeunes et les moins jeunes, les privilégiés et les simples, elle témoignait d’un souci maternel d’une Ahavat Israël avec son gentil sourire et sa voix douce qui mettaient tout de suite à l’aise.

Le soucis des autres

Avec un intérêt amical, elle s’inquiétait des soucis de chacun. « As-tu réussi ton examen ? » demandait-elle à la lycéenne, « Comment vont les petits ? » à une jeune maman. Aux enfants, qu’elle aimait tout particulièrement, elle demandait: « Qu’apprends-tu en ‘Houmach ? »,

puis elle les récompensait d’une sucrerie. Ou bien elle souriait et frappait des mains pendant qu’un petit garçon dansait.

Bien qu’elle fût si attentive aux autres, elle ne manifestait aucun souci pour elle-même. Malgré les malheurs qu’elle avait subis, elle était une personne toujours satisfaite et ne se plaignait jamais. Elle se conduisait toujours avec dignité et ne laissait jamais apparaître aucun signe de tristesse. Même lorsque Rabbanit ‘Hanna était fatiguée ou ne se sentait pas bien, elle prenait soin de le cacher à son fils, s’habillant comme toujours avec élégance et se comportant comme si tout allait bien. En cette époque où l’on ne recherche que le bien-être personnel, ne peut-on apprendre d’elle, le souci des autres, tout au long de sa vie ?

Car je l’ai destiné à Hachem pour toujours

En cela, elle symbolisait la grandeur elle-même. Sa belle stature allait de pair avec une âme magnifique d’où

elle s’irradiait. « Toute la gloire de la princesse réside à l’intérieure… « . Elle était l’exemple, même de son nom : (Hallah, Niddah, Hadlakat haner), l’essence de la femme juive. Mais par-dessus tout, elle était la mère de la Royauté. Avec sa sagesse, elle avait non seulement construit son propre petit Temple, mais dévoué son fils au sanctuaire universel du Peuple d’Israël.

« Car je l’ai destiné à Hachem pour toujours « . Comme la `Hannah du Tana’h qui dédia son fils Chmouël au service de Dieu, la Rabbanit ‘Hanna offrit au Peuple d’Israël un leader d’une grande clairvoyance, destiné à disséminer les buts de Dieu et accueillir notre juste Machia’h maintenant.

(source: loubavitch.fr)