Vaincre la barbarie ! par ‘Haïm Nisenbaum

Vaincre la barbarie

Il faut donc nommer les choses pour ce qu’elles sont, ne pas en dissimuler l’origine ni l’identité. Car seul cela leur donne existence pour que nous puissions les soutenir ou les combattre. Ici, à Paris, c’est l’islamisme radical qui a montré de très près son visage : il tue sans pitié ni remord ceux dont la faute est de lui déplaire. Et c’est plus largement la liberté qu’il veut ainsi assassiner. Cela fait longtemps que la communauté juive le sait et, pour cette terrible connaissance, elle a payé un prix élevé, dans l’histoire récente ou plus ancienne, en France, en Israël et ailleurs. Aujourd’hui tout homme civilisé ressent comme cet acte est insupportable à la conscience et aussi comme il met en péril ce qui est à la base de nos sociétés : une certaine forme du bonheur de vivre.

Il faut donc bien sûr condamner, dire à la face du monde combien nous sommes meurtris en tant que Juifs et en tant que citoyens. Mais il ne faut pas s’arrêter là. La sécurité de tous est certes au cœur du débat et l’inquiétude est légitime. Pourtant il nous faut aussi comprendre comment une pensée dite religieuse – celle des assassins – a pu être dévoyée à un tel point, comment la recherche d’un absolu divin a pu conduire des êtres humains à l’horreur. On dira çà et là qu’il s’agit d’hommes sans références réelles, sans culture même de leur propre foi. On dira aussi que D.ieu a doté l’homme du libre-arbitre total et que, en conséquence, il peut même choisir le Mal.
La question n’en résonne pas moins et particulièrement pour nous, Juifs, qui avons fondé l’histoire de notre peuple sur la révélation du Sinaï, la foi en D.ieu et la croyance en l’homme. Comment cela est-il possible ?

Tout se passe comme si l’Europe, et pour nous la France, vivait dans une sorte de stase morale et spirituelle où plus rien ne fait vraiment sens. Si les valeurs ne sont plus que strictement individuelles, si, de ce fait, il n’y a plus de référence admise collectivement, de référence qui, à la fois, dépasse et réunit tous les membres du groupe, c’est un terrible vide qui se crée. La fraternité, la liberté, la tolérance etc. ne sont alors plus que des mots creux. Et, pour les âmes fragiles, la tentation est grande de remplir ce vide par un substitut de spiritualité qui emprunte à la violence barbare ce que la pensée ou la société ne lui permet pas d’avoir.

Alors faut-il renoncer ? C’est ici une nouvelle guerre qui s’ouvre mais avons-nous les bonnes armes ? Celles-ci doivent être, bien sûr, d’abord matérielles et policières mais à plus long terme ? Il faut le garder en tête : c’est par la foi et par l’esprit que nous obtiendrons la victoire finale. Et nous vaincrons.