“Le ‘Hinou’h” par Rav Moulé Azimov

Propos recueillis et édités par Rav Shneor Gershovitz en introduction à Mishnat Ha’hinou’h. (Traduction libre)

Une Hala’ha (loi) bien connue (Choul’han Arou’h ‘Hochen Michpat, début du chapitre 25) indique que « celui qui s’est trompé bidvar michnah (“à propos d’une Michna”) doit recommencer ».

Cela signifie, en d’autres termes, que lorsque l’on se trompe à propos de quelque chose de clair et de connu, comme peuvent l’être les lois explicites de la Michnah, de la Guemarah ou de nos décisionnaires, il nous faut reconsidérer la loi et nous corriger sur les bases de cette loi en question. Il n’en va pas de même (par exemple), pour le juge qui se serait trompé dans son évaluation personnelle d’une situation et qui, lui, n’est pas tenu de reprendre son jugement.

Cette loi concerne toutes les générations, à l’instar de celles qui les ont précédées (Hil’hot Talmud Torah, chapitre 2). Bien entendu, cela s’applique également aux enseignements de nos Rebbéim (Si’hah Tamouz 5736).

Le Rabbi écrit à ce propos que si l’on s’est conduit de façon différente à la loi énoncée dans le Choul’han Arou’h de l’Admour Hazaken ou du Tséma’h Tsédèk, par ignorance de leurs écrits, s’applique alors le principe mentionné ci-dessus : « celui qui s’est trompé…doit recommencer » et il nous faut donc corriger notre comportement en nous conformant à l’enseignement de nos Rebbéim.

Ce même principe s’applique également par rapport à une lettre ou un enseignement du Rabbi sur un sujet particulier, lorsque l’on n’a pas suivi jusqu’à présent les indications données par le Rabbi.

Quand on étudie les Si’hot du Rabbi relatives à l’éducation des enfants juifs, il ressort de façon évidente que le Rabbi demande qu’on ait pour eux un niveau élevé d’exigences, bien supérieur à celui dont on aurait pu les penser capables. Il est en effet possible que dans les générations précédentes, les enfants n’aient pu y accéder mais le Rabbi révèle la nécessité et l’obligation de le faire aujourd’hui parce qu’il est évident qu’ils sont aptes à le recevoir.

L’on connaît l’histoire du Rabbi Rachab, alors âgé de quatre ou cinq ans, qui pénétra dans le bureau de son père, le Tséma’h Tsédèk, en pleurant parce que D.ieu ne s’était pas révélé à lui. Certes, il s’agissait d’un Rabbi dont la grandeur était manifeste, depuis son plus jeune âge. Cependant, le Rabbi relève le fait que le Rabbi précédent rendit cette histoire publique, ce qui montre que chaque enfant juif en est concerné. Ce comportement du Rabbi Rachab a ouvert la voie pour que chaque enfant juif puisse parvenir à ce niveau et que de la même façon qu’il peut aimer toutes sortes de sucreries, il peut éprouver de l’amour pour les sujets de Torah, au point d’en souffrir quand ils ne lui sont pas accessibles. (Cela est longuement expliqué dans la Si’hah Vayéra, Likouté Si’hot XIV).

En fait, il ne faut jamais minimiser les capacités de l’enfant. Même avant qu’il ne parvienne à l’âge de six ans, l’âge du ‘Hinou‘h, on peut faire en sorte que les sujets de Torah et Mitsvot le touchent et le concernent profondément.

La responsabilité de l’éducation et du niveau d’éducation de l’enfant revient aux parents et aux éducateurs. Ce sont eux qui ont le mérite et l’obligation de lui expliquer correctement, et dès son plus jeune âge, la valeur de la Torah, l’amour qu’on lui porte, de lui apprendre à dire Modé Ani, les bénédictions, à répondre au Kaddich, à aller à la Choule, à entendre la lecture de la Torah et, bien évidemment, de lui dire et lui expliquer qu’il a un Rabbi auquel il doit obéir à chaque étape de sa vie et dans tous les détails.

Cette idée est soulignée (comme le rapportent les Si’hot) chez le premier éducateur, Avraham Avinou.

D.ieu lui donna Sa bénédiction, non pour le mérite de son messirout néfèch (« abnégation totale ») pour avoir surmonté toutes ses épreuves, mais pour l’éducation qu’il donna à bné beyto, les membres de sa maisonnée : « Car Je le connais pour qu’il prescrive à ses enfants et à sa maisonnée après lui de garder le chemin de D.ieu en pratiquant la droiture et la justice afin que D.ieu accomplisse pour Avraham tout ce qu’Il lui a déclaré » (Beréchit 18 :19).

L’influence des parents sur les enfants passe avant tout par le comportement des parents. Il est impossible d’éduquer un enfant à la sainteté du Chabbat quand le père se rend à la synagogue avec des vêtements qui ne conviennent pas au Chabbat.

Même des parents très occupés sont dans l’obligation de trouver du temps et le moment propice pour se consacrer à l’éducation de leurs enfants. Il y a 24 heures dans une journée ce qui veut donc dire que l’on peut arriver à tout faire pendant ces heures-là. Si ce n’était pas le cas, la journée aurait comporté davantage d’heures.

Dans l’une des Si’hot de la fête de Pessa’h, le Rabbi explique l’ordre choisi par l’Admour Hazakène pour les « Quatre questions » : ce soir là, pourquoi trempe-t-on deux fois, pourquoi mange-t-on de la matsah, pourquoi mange-t-on du maror, pourquoi mange-t-on accoudé ?

A priori, il aurait semblé logique de commencer par la question relative à la matsah, liée à une mitsvah de la Torah ; ou encore au fait d’être « accoudé », ce qui aurait correspondu à la chronologie des événements de la soirée, puisque c’est la première chose que l’enfant peut observer, dès le début du Séder.

Pourquoi donc la Hagadah commence-t-elle avec la question relative au fait de tremper, ce qui est une coutume et ce qui n’est pas la première chose vue par l’enfant ?

Le Rabbi explique qu’il y a là un enseignement tout particulier.

Afin de transmettre à l’enfant la connaissance et le sentiment de ata be’hartanou mikol haamim, « Tu nous as choisis parmi toutes les nations », dont découle son statut unique parmi tous les autres enfants du monde, il faut particulièrement l’éduquer, en priorité, aux coutumes juives qui ont une grande influence sur lui et dont il est dit : « plus grande est sa mise en application que son étude ».

C’est précisément le soin méticuleux porté à l’observance des coutumes et des petits détails de la fête de Pessa’h qui joue une influence profonde sur l’enfant.

Dans plusieurs Si’hot, le Rabbi explique le rôle primordial de la coutume de mayim ha’haronim (ablutions avant les Actes de Grâce) et ce justement parce que certains considèrent que cela n’est pas très important. La vérité est, cependant, que l’attention portée aux coutumes apporte la sainteté.

Le Rabbi explique ailleurs la grande importance de chaque détail que fait ou demande le Rabbi. Ce qui peut nous sembler un détail minime touche, chez le Rabbi, à l’essence elle-même.

Voici quelques points qui pourraient sembler accessoires mais dont le sens et l’importance sont essentiels :

– Réciter et étudier les 12 Psoukim (et Maamaré Razal) : l’enfant doit étudier et comprendre l’importance des 12 Psoukim et ne pas simplement les mémoriser. Il doit en saisir le contenu et le sens tels qu’ils sont expliqués dans les Si’hot du Rabbi. Cette étude évite de nombreux problèmes dans l’éducation de l’enfant.

– L’enfant doit prononcer le chapitre de Tehilim correspondant à son âge. Le Rabbi a dit à l’un des ‘hassidim que le fait de dire chaque jour le chapitre de Tehilim correspondant à l’âge de son fils est une « segoula » de protection.

– Dire la vérité : il ne faut jamais mentir à un enfant ou le tromper. L’enfant sait très bien si son père étudie la Torah et s’il est méticuleux quant au fait de fixer des moments d’étude de la Torah ou s’il ne le fait pas. C’est pourquoi s’il veut que l’enfant étudie et se fatigue à l’étude de la Torah, avant même qu’il ne lui en parle, le père doit se fixer des moments d’étude. Mais si l’enfant découvre qu’on le trompe à ce propos, il imitera ce comportement et de manière plus grave encore.

J’ai entendu du Rav ‘Hadakov (qui l’avait visiblement entendu du Rabbi) que lorsqu’on étudie la Torah le soir, il ne faut pas ranger tout de suite le livre dans la bibliothèque mais le laisser sur la table pour qu’au matin l’enfant voie que le père a étudié pendant la soirée.

– ‘Hitat, Rambam et Tsedakah : il faut veiller à ce que l’enfant étudie ‘Hitat, le Rambam quotidien et qu’il donne la Tsedakah chaque jour et particulièrement les jours de vacances où il est toute la journée à la maison et qu’il ne fait pas cela avec ses amis au ‘Heder ou à l’école.

– A la table de Chabbat. Dans l’une de ses lettres, le Rabbi écrit qu’il faut répéter des Si’hot du Rabbi précédent à la table de Chabbat, des paroles de Torah. Et il faut, en particulier, au moment du repas de Chabbat, faire entendre des Si’hot du Rabbi. A ce propos il est dit : « plus grande est sa mise en application que son étude ». La table du Chabbat est moment très important durant lequel on inculque aux enfants l’importance de l’étude de la Torah et de la ‘Hassidout, par l’étude, le chant et la conversation avec les enfants. Lorsque l’on s’abstient de répéter des Si’hot du Rabbi ou de chanter des chants ‘hassidiques, il manque de la sainteté du Chabbat. Et nous connaissons l’histoire du Juif dont les enfants grandirent en bons ‘hassidim alors que son voisin qui était Roch Yechivah n’eut pas ce mérite. Ce dernier expliqua qu’au moment où son voisin chantait des nigounim à la table du Chabbat, lui-même avait préféré se plonger dans un livre et poursuivre son étude.

C’est pourquoi le Rabbi explique dans une lettre qu’il ne faut pas faire de farbrenguen toute la journée puisque l’objectif du farbrenguen est d’en rapporter quelques mots à la table du Chabbat. Or si l’on reste toute la journée à la Choule, on ne pourra rien en rapporter aux membres de la maisonnée.

Tsniout. Dans ses Si’hot et dans ses lettres, le Rabbi reprend l’importance du sujet de la Tsniout qui ne se limite pas au fait de porter des vêtements qui correspondent aux exigences du Choul’han Arou’h, mais également de s’abstenir de revêtir des vêtements de longueur adéquate mais trop voyants, trop peu discrets ou trop ajustés. La vigilance apportée à la Tsniout doit commencer même lorsque les enfants sont petits. Si l’on attend qu’ils grandissent, l’on s’expose à rencontrer des difficultés à ce propos. Il faudra également veiller à respecter la séparation entre les garçons et les filles et y rendre les enfants attentifs. Les garçons ne sont pas sensés se trouver à proximité de filles et inversement. Il faudra y veiller particulièrement lorsqu’on se trouve dans des endroits où sont rassemblées de nombreuses familles et que les enfants se promènent.

Lorsque les enfants atteignent l’âge de 13-14 ans, il faudra également être vigilants aux relations à distance, comme celles qui passent par les appareils mobiles.

Darké ha’Hassidout : les voies de la ‘Hassidout

Mon père ע »ה raconta qu’un ‘hassid était entré chez son ami et y avait trouvé l’un de ses jeunes fils tenant dans sa main un morceau de gâteau et pleurant.

Le ‘hassid lui a demandé « pourquoi pleures-tu ? » et l’enfant a répondu : « parce que je veux un morceau de gâteau ».

Le ‘hassid s’est étonné : « Mais tu tiens un morceau de gâteau dans ta main ? »

L’enfant a rétorqué: « Mon père m’a enseigné que pour toute chose dont j’ai envie, je dois me maîtriser et m’en passer. Je pleure parce que je ne peux pas manger ce gâteau. »

Dans l’une des Si’hot, le Rabbi a mentionné la coutume des ‘hassidim d’étudier à la maison les Likouté Torah, même avec les enfants de 9 ou 10 ans, et ce, bien que les enfants de cet âge ne comprennent pas grand chose à l’étude des Likouté Torah. Cela va faire pénétrer en eux la grandeur de l’étude de la ‘Hassidout.

Quand j’étais jeune, mes parents insistaient beaucoup sur le fait qu’en plus des études, j’observe le mode de vie des ‘hassidim, que je participe à des réunions ‘hassidiques et bien que nous ne comprenions pas grand chose. Jusqu’à aujourd’hui sont gravés dans ma mémoire des événements qui se sont produits, il y a plus de soixante ans : comment se conduisait un tel ‘hassid, ce qui se faisait chez une autre ‘hassid…

A ce propos, il est dit ; « plus grande est la pratique que l’étude ». L’éducation dans les voies de la ‘Hassidout n’est pas difficile. On peut le faire par une histoire sur le Rabbi, en expliquant à l’enfant combien la ‘Hassidout est précieuse et la grandeur de ata be’hartanou mikol haamim.

Même aujourd’hui, après Guimel Tamouz, on peut continuer à éduquer les enfants de la même façon que dans les années précédentes. Il est vrai que cela demande plus d’investissement mais cet investissement des parents est nécessaire. Par ailleurs, ces enfants qui malheureusement ont déjà grandi dans cette situation et n’en ont pas connu d’autres, n’ont pas les épreuves et les difficultés de (ceux qui peuvent dire) : « avant c’était différent ». Ils ont de grandes forces, de très grandes forces pour grandir en ‘hassidim, yiré chamayim, attachés au Rabbi.

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