Les lois de Pessah par Rav Gary Chalom Cohen

Les lois de Pessa’h – 2017/5777

Les lois relatives à Pessah appliquées de nos jours (les lois relatives au sacrifice n’ayant plus cours) sont contenues dans huit commandements que l’on peut résumer en cinq points :

Ne pas manger de ‘hamets, ni manger de nourriture contenant du ‘hamets, à partir de la mi-journée de la veille de Pessah jusqu’à la fin de la fête.

Détruire le ‘hamets la veille de Pessah.

Ne pas posséder de ‘hamets pendant Pessah.

Raconter la sortie d’Égypte le premier soir de la fête.

Manger de la matsa ce soir-là.

Avant de développer ces points, nous allons donner quelques définitions.

Pessah : D’après la Thora, la fête de Pessah dure sept jours : du 14 Nissan au coucher du soleil au 21 Nissan à la sortie des étoiles. En dehors d’Israël, un huitième jour a été rajouté par nos Sages, ce qui fait que, de nos jours, Pessah dure huit jours et se termine le 22 Nissan à la sortie des étoiles (21h38 cette année). De plus, du fait qu’à l’époque du Temple on procédait au sacrifice de l’agneau pascal (que l’on mangeait pendant la nuit) dans l’après-midi du 14 Nissan, toutes les interdictions portant sur le ‘hamets s’appliquent à cette demi-journée. Enfin, nos Sages ont interdit de travailler cet après-midi-là. Certains ont la coutume d’arrêter leur travail dès le matin du 14 Nissan. Les 15, 16, 21 et 22 Nissan sont des jours de Yom Tov ou jours fête chômés (auxquels toutes les interdictions du Chabbath s’appliquent à l’exception de celles de porter et de cuire) et les autres jours sont appelés ‘Hol Hamoëd ou jours de semi-fête (pendant lesquelles il est seulement recommandé de ne travailler que si l’on y est obligé).

‘Hamets : Est appelé ‘hamets toute céréale fermentée. Cinq espèces sont dans la catégorie des céréales d’après la Thora : le blé, l’orge, le seigle, l’épeautre et l’avoine. Toute graine de céréale cassée (en particulier, toute farine de céréale) qui a été mouillée par de l’eau après sa récolte est considérée comme ‘hamets après 18 minutes. Les autres liquides, tels que les jus de fruits (sans adjonction de la moindre goutte d’eau), ne peuvent faire fermenter les céréales.

Matsa : La matsa est une pâte constituée de farine et d’eau (eau que l’on a laissé reposer toute la nuit) uniquement, cuite dans les 18 minutes qui suivent sa confection. Dès que le grain est moulu, il faut veiller à ce qu’il ne soit pas en contact avec de l’eau. Aussi, farine qui sert à faire les matsoth est maintenue dans un lieu sec jusqu’à son utilisation. La matsa chemoura est faite à partir de blé surveillé dès sa moisson.

Ces définitions étant précisées, nous allons développer les différents points énumérés dans l’introduction.

La consommation de ‘hamets à Pessah est punie de kareth, c’est-à-dire d’une peine de mort infligée par D.ieu. Le riz n’est pas une céréale, mais, à l’exception de certaines communautés séfarades, en particulier tunisiennes, on a pris la coutume de ne pas le manger à Pessah du fait de sa trop grande ressemblance avec les céréales. Les communautés ashkénazes ont pris l’habitude de ne pas manger de petits légumes farineux (appelés kitnioth) tels que les pois chiches, les petits pois, les haricots, les fèves, etc…, à cause de leur similitude de taille et de consistance avec les céréales. À l’exception des pois chiches pour certaines communautés, les communautés séfarades mangent les kitnioth. Du fait que la farine cuite ne peut fermenter, il est permis de mouiller la matsa. Cependant, certains ont la coutume de ne pas le faire, de crainte que toute la farine de la matsa n’ait pas été cuite. Certaines communautés séfarades ont pris l’habitude de confectionner des gâteaux à base de jus de fruit pour la fête de Pessah. Toutefois, il faut veiller à ce que pas une goutte d’eau ne se mélange au jus utilisé. C’est pour cette raison que les communautés ashkénazes s’abstiennent de fabriquer de tels gâteaux à Pessah. La farine peut être

remplacée par la farine de matsa ou la fécule de pomme de terre pour faire des gâteaux de Pessah.

C’est un commandement de la Thora de détruire son ‘hamets la veille de Pessah. Pour ce faire, on procèdera à une recherche du ‘hamets (bédikath ‘hamets) la veille de Pessah après la tombée de la nuit (à partir de 21h14 cette année). Cette recherche devra se faire à la lueur d’une bougie (en cire de préférence). Le ‘hamets trouvé sera mis de côté et l’on prononcera le « kal hamira », phrase dans laquelle on se dépossède du ‘hamets que l’on n’aurait pas trouvé. On peut encore manger du ‘hamets après sa recherche jusqu’au lendemain matin (avant 11h15 cette année), mais on prendra soin de ne pas en mettre partout. Les restes du repas seront entreposés avec le ‘hamets que l’on a trouvé. Le lendemain matin, on brûlera le ‘hamets avant une certaine heure (12h30 cette année) et on prononcera un second

kal hamira » pendant qu’il se consume. Si l’on ne peut pas brûler le ‘hamets, on peut l’effriter et le mettre dans les toilettes. Celui qui ne passe pas Pessah dans son domicile devra rechercher le ‘hamets avant de le quitter. Il est bon qu’il garde son ‘hamets pour le détruire la veille de Pessah à l’endroit où il se trouve.

Il est formellement interdit de posséder du ‘hamets la veille de Pessah, à partir de l’heure où il faut le détruire jusqu’à la fin du huitième jour de fête. Cette interdiction est passible de flagellation (en hébreu malkouth : 39 coups de fouet infligés par un Tribunal Rabbinique à l’époque du Temple). Tout ‘hamets possédé par un Juif durant la fête a été interdit à la consommation par nos Sages, même après Pessah. De ce fait, les sandwichs préparés l’après-midi du huitième jour pour être mangés le soir sont interdits. De même, il est interdit d’acheter tout produit ‘hamets (comme de la farine) dans un magasin possédé par un Juif (qui a vendu du ‘hamets pendant Pessah) durant trente jours après la fin de Pessah. En toute rigueur, il faudrait se débarrasser physiquement de tout son ‘hamets avant Pessah. Toutefois, il est possible de s’en déposséder en le vendant à un non-Juif avant Pessah et en le rachetant après la fête. Les modalités de cette vente et du rachat qui suit (qui ne sont pas fictifs) étant complexes, elles doivent se faire par l’intermédiaire d’un Rav.

Le commandement de raconter la sortie d’Égypte la nuit de Pessah a donné lieu à l’organisation du Séder, au cours duquel les différents épisodes de la sortie d’Égypte sont citées et commentées. Ce Séder doit commencer impérativement après la tombée de la nuit (21h16 le premier jour et 21h23 le second jour cette année). À l’extérieur d’Israël, on fait le Séder les deux premiers soirs de Pessah. Nous allons énumérer les différentes étapes du Séder en les expliquant.

Kadech : À l’occasion du Séder, nos Sages ont institué de boire quatre coupes de vin, en souvenir, entre autres, des quatre verbes par lesquels la délivrance a été annoncée au peuple juif. Le Séder commence donc par la première de ces coupes, bue lors du Kiddouch. Contrairement au Chabbath et aux autres jours de fête, chaque personne qui assiste au Séder devra détenir sa propre coupe de vin qu’il boira après le Kiddouch. Chaque coupe de vin devra être remplie à ras bord et contenir au moins 8,6 centilitres de vin dont il faudra boire 4,4 centilitres au moins pour s’acquitter de cette injonction de nos Sages. La deuxième coupe de vin sera bue avant le motsi, la troisième, après le birkath hamazone et la quatrième à la fin du Séder. Les ashkénazim font la bénédiction sur le vin avant chaque coupe et les séfaradim, avant la première et la troisième coupe. Les quatre coupes doivent être bues accoudées en signe de liberté. Cette position représente la façon dont les nobles de l’antiquité s’allongeaient sur un sofa pendant le repas. De nos jours, il suffit de s’accouder sur un coussin ou, à défaut, sur son voisin. On doit s’accouder du côté gauche. Pour des raisons de pudeur, les femmes n’ont pas l’habitude de s’accouder.

Our’hats : On se lave les mains comme avant de manger du pain (c’est-à-dire à partir d’un récipient cylindrique ou en tronc de cône duquel on versera trois fois de l’eau sur chaque main) sans faire de bénédiction. Ce lavage des

mains est effectué pour manger le karpass que l’on va tremper dans l’eau salée car tout aliment mouillé requiert, en principe, un lavage des mains préalable pour être consommé.

Karpass : Le karpass est un légume que l’on trempe dans l’eau salée (qui symbolise les larmes) et que l’on mange pour éveiller l’attention des enfants auxquels le récit de ce soir est particulièrement adressé. Pour cette raison, il est impératif que ceux-ci fassent une sieste la veille du Séder, afin de rester réveillés pendant son déroulement. On mangera moins un kazaïth1 de karpass en prononçant la bénédiction sur les produits de la terre (« …Boré péri haadama » : Qui crée le fruit de la terre) auparavant. Il est bon de penser au maror lorsque l’on prononce cette bénédiction. Karpass signifie céleri mais tout autre légume peut être utilisé. On n’est pas obligé de s’accouder pour manger le karpass.

Ya’hats : On coupe la matsa du milieu en deux parties inégales et l’on met de côté la plus grande partie pour l’afikomane. Certains ont la coutume de lier ce partage avec le passage de la Mer Rouge en prononçant la phrase (initialement en judéo-arabe) : « Ainsi a agi D.ieu envers nos ancêtres, Il a coupé la mer en douze allées ».

Maguid : On raconte la sortie d’Égypte. On a l’habitude de traduire et commenter ce récit le second soir du Séder. En effet, le premier soir, il est bon de manger l’afikomane avant la moitié de la nuit (1h52 cette année). À la fin du maguid, on boit la deuxième coupe de vin.

Ro’htsa : On se lave les mains comme pour « our’hats », mais en prononçant la bénédiction « …Acher kidéchanou bémitsvotav vétsivanou al nétilath yadaïm » (…Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné le lavage des mains). Ce lavage des mains est effectué pour manger la matsa, qui a un statut de pain. De ce fait, on ne parlera pas jusqu’après avoir mangé le kazaïth de matsa.

Motsi-Matsa : Ce soir-là, c’est un commandement positif de manger un kazaïth de matsa en étant accoudé en signe de liberté. Pour accomplir ce commandement, il est préférable d’utiliser de la matsa chemoura. On fera donc ce soir deux bénédictions : « …Hamotsi lé’hem mine haarets » (…Qui fait sortir le pain de la terre) comme sur toute consommation de pain, puis « …Acher kidéchanou bémitsvotav vétsivanou al akhilath matsa » (…Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de manger de la matsa), qui est la bénédiction sur ce commandement spécifique. Il est bon de penser au korekh lorsque l’on prononce ces deux bénédictions. Puis on mangera au moins kazaïth de matsa sans parler. Les hommes comme les femmes ont l’obligation de manger cette matsa et il faut habituer les enfants à accomplir ce commandement. Le Zohar nous enseigne que la matsa du

premier soir est la « nourriture de la foi » et celle du second soir, la

« nourriture de la guérison ».

Maror : À l’époque du Temple, l’un des commandements du soir de Pessah consistait à manger au moins un kazaïth de viande de l’agneau pascal. Celui-ci devait être, selon le texte, accompagné de matsa et d’herbe amère (maror), comme il est dit : « …ils le mangeront avec des matsoth et des herbes amères » (Exode 12:8). De nos jours, nos Sages ont institué de manger de l’herbe amère ce soir-là, en souvenir de l’époque du Temple. Il faut donc manger un kazaïth au moins d’herbe amère en prononçant auparavant la

1 La plupart des décisionnaires disent qu’un kazaïth correspond à un volume égal à 27cm3 soit 2,7cl (cube de coté 3cm), ce qui correspond à 15 grammes de matsa. Cependant, d’après certains décisionnaires (minoritaires), le kazaïth est d’environ 30 grammes. Si on veut s’acquitter de tous les points de vue, il faut manger 30 grammes, soit environ une demie matsa chmoura. Pour le premier point de vue, un peu plus d’un quart suffit.

bénédiction : « …Acher kidéchanou bémitsvotav vétsivanou al akhilath maror » (…Qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de manger de l’herbe amère). Il est bon de penser au korekh lorsque l’on prononce cette bénédiction. On ne prononce pas la bénédiction sur les produits de la terre car cette nourriture est prise pendant le repas (après avoir fait le motsi). Le Talmud affirme que le vrai maror est la laitue romaine. Toutefois, six autres espèces sont citées, parmi lesquelles le raifort, utilisé par les Ashkénazim (plus courant que la laitue romaine dans leur région). Le maror ne se mange pas accoudé car il rappelle la difficulté de l’esclavage et non la sortie d’Égypte.

Korekh : Afin de se souvenir de ce qui était fait à l’époque du Temple, on mange, comme Hillel l’ancien, de la matsa et du maror en même temps. Certains mettent le maror entre deux morceaux de matsa, d’autres entourent la matsa par des feuilles de maror. Il faut, pour le korekh, manger un kazaïth de matsa et un kazaïth de maror sans bénédiction, puisque les bénédictions sur la matsa et le maror ont été dites auparavant. Le korekh se mange accoudé à cause de la matsa qu’il contient.

Choul’hane orekh : On prend le repas de fête. Il est recommandé de ne pas manger de viande grillée lors de ce repas, pour que l’on n’arrive pas à penser qu’il s’agit de l’agneau pascal. Par contre, toute boisson, y compris le vin, est permise pendant ce repas.

Tsafoun : On termine le repas par la consommation de l’afikomane, c’est-à-dire un kazaïth de matsa que l’on prend de la grande partie de la matsa qui a été coupée au début du Séder. L’afikomane se mange accoudé. À l’époque du Temple, on terminait le repas par un kazaïth de viande de sacrifice pour garder le goût d’une mitsva. Ceci est remplacé de nos jours par la matsa, qui est la seule nourriture qui constitue une mitsva (de la Thora) ce soir-là.

Bérakh : On prononce le Birkath Hamazone, actions de grâce après le repas, sur un verre de vin que l’on boira à la fin.

Hallel : On termine le Hallel (que l’on a commencé à la fin du maguid) que l’on fait suivre du poème liturgique « Nichmath kol ‘haï » afin de louer l’Éternel pour les miracles qu’il nous a faits. À la fin du Hallel, on boit la quatrième coupe de vin.

Nirtsa : Notre Séder est agréé par D.ieu.

Certains ont la coutume de chanter des poèmes liturgiques (tels que ‘Had gadia) après le Séder.

L’an prochain à Jérusalem…

Gary Chalom Cohen